lundi 11 mars 2019

Recherches

Je n'avais évidemment pas la moindre idée de ce que je venais d'énoncer, de l'énormité inconcevable de ce propos tenu par le pauvre gamin que j'étais, le propos d'un enfant innocent et égaré en un monde qui n'était pas le sien, au bord du désespoir. Ma passion, je le savais déjà avant de me retrouver dans cette désagréable posture que l'on nomme égarement, serait toute ma vie durant la cartographie. Mon esprit était ainsi fait, et rien ne changerait l'indubitabilité de cette ferveur. On conçoit donc aisément (et on me le pardonnera d'autant plus facilement) que je n'eusse pas pris la peine d'ornementer ma question de fioritures en apparence superflues, mais ô combien nécessaires pour préparer mon interlocuteur à la considérer avec probité, voire avec la moindre parcelle d'équanimité.

Évidemment, certaines leçons sont apprises à la dure; la vie est une rude maîtresse. Ce ne fut que trois semaines plus tard que Gourmol reprit connaissance, après l'accès incontrôlable de rire qui avait failli lui coûter la vie. J'étais demeuré à son chevet tout ce temps, car d'une part, je me sentais en bonne partie responsable du coma hilaritique qui l'affligeait, et d'autre part, il constituait fort probablement mon seul espoir de retrouver un jour une voie vers mon monde. Il avait beaucoup maigri durant sa longue convalescence. Puis, un soir que je le veillais, avant même qu'il n'ouvrît les yeux, je vis les doigts de se main gauche se crisper en un geste qui m'était fort familier. Une cigarette apparut et il la porta à ses lèvres, en tira une longue bouffée - qui devint même à un certain point obscène - puis il en fuma une deuxième, une troisième, enfin, après avoir fumé une bonne douzaine de cigarettes, il ouvrit enfin les yeux et me regarda d'un air ébahi. Avant de repartir à rire; mais j'avais prévu le coup. Je le piquai avec un tison et la douleur, suivie de la colère, suffirent à lui permettre de garder contenance. Je ne savais que trop bien que son corps ne serait pas apte à supporter une autre crise hilaritique.

La prochaine action de Gourmol le Magicien fut d'émettre une longue flatulence sonore et malodorante. Le plus intéressant, c'est que tout l'épisode, que je m'efforçais de replacer dans ma mémoire après une soirée ennuyeuse au casino, m'est revenu en bloc du moment que je me suis souvenu de l'odeur fétide qui avait symbolisé le retour à la vie du vieil homme et la renaissance de mon espoir. Cela fait plusieurs heures que je retourne cette idée dans ma tête en jouant distraitement à la roulette. Les odeurs semblent jouer un rôle clé dans ma remmémoration, et il est tout à fait singulier que le casino, ce lieu étrange où je suis, il faut l'admettre, emprisonné depuis le naufrage, n'en comporte aucune, excepté ce bref instant où je croyais avoir décelé l'émanation toxique de Prépulle. Avant et depuis, rien de rien.

N'est-il pas étrange pour l'amnésique que je suis, qui reconstruit sa mémoire à l'aide de souvenirs d'effluves, de se trouver en un endroit qui en est dépourvu? Qu'est-ce que cela peut bien signifier? Je ne peux me résigner à croire qu'il s'agisse d'une simple coïncidence. Tente-t-on sciemment d'empêcher que je me rappelle ma vie? Aurais-je la moindre chance de rebâtir ces bribes de mon existence si toutes ces puanteurs ne l'avaient autant dominée? Ici, même la nourriture ne dégage aucun parfum. Elle est certes salée ou sucrée, mais ce n'est qu'en mangeant mon dernier repas que je me suis rendu compte de ce fait accablant. Ou encore, se pourrait-il que, lors du naufrage, mon odorat ait été détruit ou irrémédiablement endommagé, et que cela empêche ma mémoire de fonctionner convenablement?

dimanche 13 janvier 2019

Dimensions

L'odeur âcre du tabac s'épanchait à travers la grande salle dans laquelle je me trouvais. Bien que mes narines protestassent, je pressentais qu'en-deça de celle-ci se dissimulaient des puanteurs innomables et qu'il était préférable de ne point percevoir. Gourmol le Magicien patientait en fumant tranquillement. Je m'approchai de lui tout en examinant la pièce attentivement.

Des murs de pierre suintait une sorte de liquide visqueux, ici brunâtre et là verdâtre. À l'origine, cette grande maison devait être magnifique. Le bois pourri des étagères croulant sous les livres et les parchemins avait dû être de très bonne facture. Les tapis et les tentures affadis qui recouvraient le sol et les murs témoignaient des moyens considérables de leur propriétaire, mais leurs couleurs tiraient désormais vers l'ocre et le marron.

Lorsque j'arrivai à côté de lui, Gourmol posa sa main gauche sur mon épaule meurtrie. J'eus un bref mouvement de recul, mais une vague de chaleur et de bien-être me submergea et je ne résistai plus. L'instant d'après, la profonde brûlure avait disparu et je ne ressentais plus qu'un vague engourdissement.

- Voilà, c'est guéri, dit le Magicien. Fais gaffe la prochaine fois que tu emprunteras un conduit. On ne sait jamais ce qui nous attend de l'autre côté.

- Un... conduit?

- D'où arrives-tu, petit?

- De Gobières.

- Gobières? Connais pas. Combien de lunes y a-t-il la nuit chez toi?

- Combien de lunes? Mais une seule! répondis-je d'un ton indigné. À quel jeu jouait cet homme étrange?L'affolement ne me gagna pas immédiatement. Il me fallut d'abord comprendre les implications de ce qu'il venait de dire, puis passer par toute une gamme de divers degrés d'incrédulité, de déni et de colère avant de me précipiter à l'extérieur de sa demeure.

Il faisait presque nuit et un brouillard poisseux rendait indistincte la ville où je me trouvais. Je levai la tête.

Il y avait trois lunes dans le ciel nocturne.

La panique m'étreignit funestement. Je voulus m'enfuir en hurlant, mais j'étais paralysé. Je demeurai là, hébété, sur le seuil de la maison de Gourmol, pendant d'interminables instants. Comment était-ce possible? Il n'y avait qu'une seule lune. Il devait s'agir d'un effet d'optique, une sorte d'illusion. Ou peut-être m'avait-on drogué? Étais-je inconscient, dans les tunnels sous ma demeure, à Gobières? Oui, certainement, j'avais dû glisser et me cogner la tête. Et pourtant... et pourtant, tout semblait si réel. L'odeur, surtout, était à la limite de ce qui était humainement supportable.

Alors que je me tenais là, un chat noir vint se frotter sur mes jambes. Sans trop y penser, je le grattai derrière l'oreille. Il était d'une propeté impeccable, contrairement à tout le reste en ces lieux damnés. Il miaula et me regarda. Il y avait une lueur d'intelligence impossible dans son regard. Enfin, je me résignai et fis demi-tour. Gourmol s'était allumé une autre cigarette et il n'avait pas bougé d'un poil.

- Tiens, je vois que tu as fait connaissance avec mon chat Anuce. Il est adorable n'est-ce pas?

- Où suis-je? demandai-je d'un ton suppliant, au bord des larmes.

- Tu n'es pas le premier à avoir cette réaction, fit-il en hochant la tête. J'ai dû abattre des guerriers endurcis qui avaient complètement perdu la tête. Tu es solide, mon gars! Les conduits font fi de l'espace et du temps et il faut un bon moment - pour ceux qui ne sombrent pas dans la folie - avant que le cerveau puisse accepter leur réalité. En toute honnêteté, je ne peux pas répondre à ta question. Je n'ai pas encore compris exactement la nature des conduits, ni en quoi ils sont reliés à mon problème.

- Votre problème?

- C'est une longue histoire. Je suis - ou plutôt, j'étais - le Magicien attitré de la cour de Bobignon. Le plus puissant dans tout le royaume! ajouta-t-il avec une ironie douloureuse. Disons seulement que la reine voulait un nouveau coffre de voyage. J'ai eu la brillante idée de lui en offrir un qui possédât une capacité supplémentaire à son volume réel, et...

- Volume réel? demandai-je, confus. Rien de ce qu'il disait n'avait de sens pour moi, mais ma curiosité était plus forte que tout et elle avait fini par reprendre le dessus sur les autres sentiments qui déferlaient en moi et que je préférais entasser dans un recoin obscur de mon esprit. J'avais mille et une questions que je brûlais de lui poser et il m'était très difficile de l'écouter parler sans lui demander des précisions.

- L'espace que tu connais possède trois dimensions, mais il en existe un nombre incalculable, bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer. En ajoutant certaines d'entre elles à un coffre, on peut en augmenter le volume intérieur sans qu'il prenne plus de place dans les trois dimensions qui nous sont familières. Mais une erreur s'est glissée dans mes formules et j'ai... brisé quelque chose, conclut-il.

- Ne pouvez-pas réparer ce que vous avez brisé?

- Pour cela, mon garçon, il faudrait que je sache exactement ce que j'ai brisé. Mais je n'en ai pas la moindre idée, ajouta-t-il en faisant apparaître une autre cigarette.

- Est-ce que je peux retourner chez moi? demandai-je d'une toute petite voix, soudainement incapable de contenir plus longtemps le désespoir qui m'accablait et qui venait de reprendre le dessus sur ma curiosité. Est-ce qu'on pourrait ôter les braises et vous pourriez m'aider à grimper dans votre cheminée?

- Cela ne servirait à rien, gamin. Tout ce que je sais indubitablement, c'est que le conduit que tu as emprunté est à sens unique. Il faudrait que tu trouves un autre conduit qui retourne vers ta dimens... euh... chez toi.


lundi 26 novembre 2018

Au fond

Le choc de l'eau glacée fut brutal et je paniquai quelques brefs instants, jusqu'à ce que j'entrevisse du coin de l'oeil la mystérieuse lueur au fond du puits. Elle exerça à nouveau une traction irrésistible sur mon esprit. Je me ressaisis et nageai dans sa direction avec toute l'ardeur que me permettaient mes frêles membres enfantins. La température de l'eau se mit à augmenter, d'abord presque imperceptiblement, puis de manière de plus en plus prononcée.

C'est là que je basculai dans un insondable abîme. Je perdis tout repère avant d'éprouver une sensation tout à fait singulière et des plus terrifiantes. Je n'étais guère plus que de vagues filaments pauvrement tissés, réduit à ma plus simple expression et à la dérive dans une sorte de vide dont la vastitude eût donné aux infinies étendues des mers du monde la grotesque apparence d'un étroit réduit dans le plus infâme des bouges de la Basse-Ville de Gobières. Rien n'avait de sens; je ne saurais dire si je tombais ou si j'étais aspiré vers le haut, ou encore si j'étais immobile.

Je voyageais au sein des étoiles du firmament tout en entrant dans les moindres recoins et méandres de mon être et d'un nombre incalculable d'autres choses. Certaines d'entre elles emplissaient mon âme d'une joie sans limites, d'images pastorales et de rires aux célestes sonorités, à l'ombre des jeunes filles en fleur et de solides gaillards leur faisant la cour; d'autres, cependant, me causaient une incontrôlable frayeur à la vue de rapines innomables et déversaient, voire vomissaient en moi des paysages lugubres composés de landes ténébreuses, déchirées d'éclairs et de feu, tandis que de sinistres personnages, aux traits difformes et torturés, émettaient d'horribles grincements en s'esclaffant, en piaffant et en imitant par leurs danses obscènes des actes immondes qui hantent encore mes cauchemars d'amnésique, chaque soir au casino.

Je vis mille et mille guerres, et autant d'époques heureuses bénies de prospérité et de quiétude. Je vis des empires naître puis mourir, des hommes et des femmes s'aimer et s'entretuer, des mondes se former avant de se dissiper. Je vis tous les âges, et toutes les étoiles, et toutes les créatures dans leurs exotiques unicités; je vis l'univers en entier s'étirant sans fin, et je le vis se contracter jusqu'à n'être qu'un point, pour s'élancer à nouveau vers les néants pourtant irrésistibles l'instant d'avant. Je me vis, tel que j'étais, enfant curieux et désoeuvré, qui était au centre de son propre monde, et puis je me vis aussi minuscule que j'étais dans cette réalité sans bornes, aussi insignifiant et aussi vite oublié que tout le reste.

Puis il n'y eut rien, rien qu'un vide étrange, une obscurité qui celait néanmoins une présence si vaste qu'elle m'échappa d'abord. Tout s'était arrêté - le mouvement, le temps, ma respiration - mais je n'en éprouvais pas pour autant une quelconque sérénité. J'existais, mais rien d'autre ne m'apparaissait possible. J'étais ma propre limite. Alors que je ressassais ces idées stériles, sans le moindre espoir d'arriver à déchiffrer l'énigme de ma situation, j'éprouvai la désagréable sensation que l'on ressent sur la nuque lorsque l'on nous observe. Mais je n'avais ni nuque ni visage, et l'entité m'observait de partout alentour, me cernant de toutes parts jusqu'aux strates les plus profondes et secrètes de mon être. Elle examinait chacune de mes coutures et chaque fil infinitésimal dont j'étais tissé. À mon grand étonnement, je perçus - par quelle faculté, je n'en ai pas encore aujourd'hui la moindre idée - une sorte d'amusement, doublé d'une intense curiosité. Il me fallut quelques instants pour comprendre que j'étais en colère. Comment osait-on me considérer ainsi, comme un vulgaire jouet, comme... comme l'un de ces fauves capturé en quelque contrée lointaine et réduit à divertir les nobles gobiérnois à la foire annuelle, qui leur lançaient des pierres jusqu'à ce que mort s'ensuive?

L'entité s'esclaffa. Chaque fibre de mon âme éprouva durement ce rire, qui était comme un gigantesque coup de tonnerre détonnant en moi. Je compris que je n'étais qu'un maigre esquif ballotté par d'intemporelles et capricieuses lames, et que l'entité eût très bien pu être l'un de ces monstres marins qui ornaient les cartes de mon père. Petite chose, entendis-je mentalement, tu m'amuses. Tes fils sont épars, mais se mouillent en tant d'eaux!

Soudain, sans le moindre avertissement, l'entité, dont je ne savais si elle était bienveillante ou maléfique, me jeta loin d'elle, et je fus submergé par une vague de lassitude difficile à décrire. Je n'avais été qu'un vulgaire galet trouvé au hasard d'une promenade au bord de quelque cosmique rivière et j'avais été rejeté d'où je venais, sans malice ni scrupules, mais par ennui. Par ennui!

Je retrouvai mon corps et toutes ses perceptions d'un coup. La sensation de brûlure, complètement inattendue, me fit hoqueter de douleur. L'eau était bouillante et la lueur, toute proche. Puis il n'y eut plus d'eau du tout, et je tombai sur des braises encore ardentes. Je roulai hors de la cheminée en renversant une marmite à l'odeur infecte et je vis un homme corpulent de quarante à quarante-cinq ans, aux cheveux noirs en bataille et à la barbe poivre et sel hirsute, qui fumait un petit tube blanc tout en me regardant d'un regard exaspéré.

- Allons, gamin, ne reste pas là, relève-toi et viens ici, il faut traiter tes brûlures, dit-il d'un ton las.

- Qui êtes-vous? demandai-je malgré la douleur lancinante qui me déchirait l'épaule, et non sans une certaine dose de méfiance. Était-ce la créature qui m'avait examiné? Non, cela semblait somme toute peu probable. Cet homme avait le teint cendreux et son regard éteint ne me disait rien qui vaille.

L'homme secoua la tête puis leva les bras, à l'article du désespoir.

- Mais pourquoi posent-ils donc tous la même question en arrivant? marmonna-t-il plus pour lui-même que pour moi.

Il sembla vouloir ajouter quelque chose, puis se ravisa en voyant mon air ahuri.

- Je suis Gourmol le Magicien, reprit-il d'un ton pompeux et ironique. Bienvenue à Bobignon, ou plutôt à ce qu'il en reste, grommela-t-il en allumant, d'un mouvement presque imperceptible de sa main gauche, un autre petit tube blanc qu'il se mit à fumer tranquillement.

vendredi 12 octobre 2018

Profondeurs

Mon père envoya une missive nous annonçant qu'il prolongeait son voyage d'affaires. Il n'escompait pas être de retour avant un autre mois, voire deux. Une délégation diplomatique de la Sabotie, petit pays enclavé par les hauts sommets des Branucies, était arrivée à Chalutins-les-Bains, de l'autre coté de la péninsule, à peu près au même moment où Omblé s'y trouvait. Ces gens aux moeurs étranges et aux habits farfelus - la lettre comportait une longue description de leurs coutumes vestimentaires qui firent les délices de mon imaginaire fertile - s'étaient rarement aventurés hors de leurs frontières, qu'ils gardaient d'ailleurs jalousement (peu d'étrangers obtenaient l'autorisation de les franchir, et le voyage comportait d'innombrables périls, à ce qu'on en disait).

Les ambassadeurs sabotiens représentaient donc une double opportunité, puisqu'ils s'intéressaient grandement aux cartes de mon père, tout en étant une source intarissable d'informations géographiques et mythologiques nouvelles. Omblé se réjouissait d'avance de pouvoir orner ses futures cartes de créatures inédites, toutes plus incongrues les unes que les autres. Son enthousiasme crevait le fin vélin sur lequel sa lettre était soigneusement rédigée, et j'en éprouvai pour lui une grande joie, malgré les différends parfois âpres qui nous opposaient. Sa calligraphie s'élançait en courbes opulentes, les caractères jaillissant de leurs trajectoires attendues pour se métamorphoser en paraboles évocatrices qui osaient même, en certains endroits, se transmuter en festons dont la magnificence n'avait d'égale que leur audace; je décelai de surcroît dans sa signature, déjà d'ordinaire bien enguirlandée, une bonne demi-douzaine de fioritures subsidiaires qui ne m'étaient guère familières. Eussé-je été plus vieux, j'eusse pu aussi soupçonner quelque amourette avec une belle Sabotienne de la suite des ambassadeurs, mais je n'étais pas encore tout à fait en âge de songer à des aventures galantes.

La semaine suivante, Prépulle m'annonça qu'il prenait des vacances et qu'il serait absent tout le mois de septembre. Le sourire en coin qu'il arborait me fit froid dans le dos. Il savait - je ne saurais dire comment - que je pouvais le traquer. Moi qui m'étais cru le chat sur la piste d'une énorme souris, je me rendis soudain compte que les rôles étaient en fait inversés. Il se jouait de moi, m'embrouillait, et me mettait fort probablement sur de fausses pistes, au bon gré de sa fantaisie malodorante. Je tentai de n'en rien laisser paraître, mais ma mine déconfite dut lui en révéler bien plus que je ne l'eusse voulu, car il s'éloigna de moi en riant sous cape. Je ne puis dire lequel, du soulagement ou de l'accablement, l'emportait en moi à cet instant. Certes, je pourrais respirer plus librement et me nourrir convenablement au cours de cette trentaine, mais je perdais aussi la chance de découvrir à quel jeu jouait Prépulle. Il me faudrait redoubler de précautions et m'armer de patience. J'aurais un mois entier pour tenter de déceler les chemins qu'il empruntait dans le labyrinthe sous notre maison, et pour réfléchir à ce qu'il pouvait bien y comploter, bref pour le percer à jour.

Sa litière et son odeur, portée et supportée par vingt hommes choisis parmi les plus costauds de Gobières, déjà rouges d'effort après à peine quelques instants, ainsi qu'une bonne douzaine de groupes semblables, disposés à quelques toises de distance les uns des autres tout au long du chemin qui menait au port et qui s'apprêtaient, chacun à son tour, à relever ses prédécesseurs au bord de l'épuisement, sa litière et son odeur, disais-je donc, avaient à peine disparu sur le chemin pentu qui reliait notre villa à Gobières, que je me précipitai dans les souterrains. Je retournai aux endroits - carrefours, galeries, conduits, margelles, précipices et rotondes - où j'avais souvenance d'avoir perçu son horrible parfum, mais il ne me fallut que quelques brefs instants en chaque lieu pour constater qu'il avait, partout et irrémédiablement, effacé la moindre trace de sa présence. Mon estomac se détendit tandis que mes pensées se perdaient en conjectures. Pourquoi? Quand? Comment?

Je dus m'évanouir sous le choc, puis marcher dans un état semi-comateux durant un certain temps, car je m'éveillai dans une grande pièce aux nombreux stalactites et stalagmites, dont le plafond était invisible, et qui m'était totalement inconnue. En son centre se trouvait un puits rempli d'eau à ras bord. Une phosphorescence, dont l'origine m'échappait, me permit d'entrevoir mon visage hagard et vieilli, mes cheveux ébouriffés et mes traits creux. "Par les mille gibets de Gobières", songeai-je. Depuis combien de temps me trouvais-je dans le souterrain? Puis, cette image se dissipa, et l'eau du puits redevint obscure et insondable. À l'époque, et jusqu'à ce jour, je n'avais su expliquer cette vision subite d'un futur moi. Désormais, je sais qu'il s'agissait de mon apparence suite au naufrage, que me renvoyèrent les innombrables miroirs qui tapissaient le corridor à l'entrée du casino.

Revenu de la forte surprise et de l'effroi que m'avait causé cette apparition fantasmagorique, je sondai du regard la vaste salle dans laquelle je me trouvais. C'est alors que, du coin de l'oeil, j'entrevis une faible lueur vacillante tout au fond du puits. Pourtant, dès que j'y reportai mon regard, elle disparut aussi subitement qu'elle était apparue. Je décidai de tenter à nouveau l'expérience, et je promenai distraitement mon attention sur les distantes parois de l'immense pièce. À nouveau, je captai un fugace brasillement à la limite de mon champ de vision. Après plusieurs minute de cette singulière poursuite, je parvins à trouver l'endroit exact où j'étais en mesure de percevoir la mystérieuse coruscation. Au-delà de toute raison, il y avait bel et bien une flamme qui dansait tout au fond de ce puits pourtant rempli d'eau.

Je n'hésitai que quelques brefs instants avant de prendre ma décision. Je me déshabillai, ne conservant que mon caleçon de soie mordorée à motifs fantastiques, retint mon souffle puis plongeai dans l'eau glaciale. Je ne le savais pas encore, mais ma vie venait de basculer, car je venais, pour la première fois - et certes pas pour la dernière - d'entrer en contact avec la vieille Magie, celle-là même que nos prêtres et nos savants, du haut de leurs cathèdres et de leurs tribunes, s'efforçaient de nous faire oublier en cette époque de grands progrès spirituels et techniques.

lundi 9 juillet 2018

Traces

Le temps chaud approchait à vive allure, resserant son étau cruel autour de nous tous. Les derniers vestiges du printemps - crues, pendaisons et floraisons tardives - rendaient les armes face à l'ardeur inexorable du soleil de juin, qui cuisait chaque année davantage les gibets et les toits d'ardoise, si caractéristiques de Gobières. Une nouvelle construction était toujours remarquable au rouge vif de sa toiture, alors que ses voisines plus anciennes semblaient la narguer de l'éclat terne et bruni des leurs, gage de leur durabilité et de leur âge vénérable.

J'ai souvenance très nette de la cuisson des nouvelles sections de notre toiture, l'année précédente, alors qu'Omblé s'était engagé dans une énième rénovation de notre villa. L'odeur me mettait l'eau à la bouche à toute heure du jour et de la nuit, et je lui attribue plus qu'à toute autre chose ma poussée de croissance phénoménale de cette année-là.

L'après-midi devenait une période où nous étions tous alanguis par l'écrasante chaleur qui s'était accumulée depuis l'aube. J'étais alors, vers la fin juin, dispensé de cours après le déjeuner. Prépulle en était autant, sinon davantage, soulagé. Nous y trouvions tous deux notre compte, j'imagine. Je crois que c'est à cette époque que je commençai à être affligé de ces répugnants rêves olfactifs.

Prépulle était logé chez nous à l'année, bien entendu, et son odeur rébarbative traînait toujours un peu où il s'était aventuré au cours des dernières heures, voire même journées. La première fois que je m'éveillai, le souffle court et le coeur au bord des lèvres, je maudis cet homme dégoûtant que le sort avait mis sur mon chemin et jurai de me venger un jour. Pourtant, et bien que je ne comprisse l'affaire seulement quelques semaines plus tard, ce furent bel et bien ces cauchemars odoriférants qui m'aiguillèrent sur sa piste.

Je ne fus tout d'abord qu'extrêmement accablé, mais je remarquai peu à peu que mon odorat semblait s'aiguiser de manière tout à fait anormale. J'en fus tout à fait consterné, à un point tel que je lus maints traités sur l'art des noeuds, tout en cherchant un endroit propice à utiliser ce savoir-faire et en espérant que ce ne serait pas Omblé qui me découvrirait au bout de ma corde, mais j'en tirai rapidement une sorte de fascination morbide: il m'était désormais loisible de suivre Prépulle grâce à mon nez. Le plus intéressant, c'était qu'à certains moments, je perdais complètement sa piste. Évidemment, il faisait beaucoup trop chaud pour le suivre pas à pas dans la maison; je me contentais de fermer les yeux et de suivre sa trace. Je m'étonnais aussi grandement qu'un obèse comme lui pût se déplacer autant sans souffrir d'un infarctus. Il me semblait même par moments qu'il se promenât à une allure que nul ne lui connaissait, voire qu'il courût.

Entretemps, en fait, depuis ma confrontation avec mon père au sujet de la carte des passages secrets que j'avais tracée, je n'avais plus osé me rendre dans les souterrains. J'entretenais même parfois l'idée - très brièvement, il faut dire - qu'il avait eu raison sur toute la ligne, et que j'avais tout bonnement imaginé ces escapades fantastiques. Pourtant, l'idée d'explorer à nouveau ces lieux exerçait sur moi un attrait qui était presque irrésistible. J'étais taraudé par le désir de pousser plus avant ma prospection de ce territoire inconnu, un désir qui allait être mon plus fidèle compagnon tout au long d'une vie qui, si j'en crois ces quelques souvenirs de mon enfance qui me sont revenus depuis que je suis prisonnier du casino, a été fort aventureuse. Même ici, je passe des journées entières à errer dans les corridors et, d'après ce que j'en sais à date (connaissances somme toute liminaires), il s'agit sans aucun doute de l'édifice le plus vaste au monde.

Lorsqu'août arriva, je n'y tins plus. Omblé était parti de l'autre côté de la péninsule qui abritait Gobières pour un lucratif voyage d'affaires, et j'étais laissé au bon soin de la domesticité, qui m'accordait une grande liberté. Je n'étais tenu que d'assister au cours du matin avec Prépulle, puis le reste de la journée m'appartenait. La chaleur était accablante et je savais que les souterrains offriraient un refuge sûr contre la canicule. Je pourrais m'y réfugier des heures durant, sans que personne ne vînt m'y déranger, et j'aurais alors tout loisir de laisser libre cours à mon imagination fertile.

Malgré ma conviction que je n'avais rien inventé, je fus grandement soulagé de constater que les passages existaient réellement. Je passai d'innombrables heures à y errer, ajoutant d'inimaginables degrés de précision à la première (et funeste) version de la carte que j'avais présentée fièrement à mon père. Puis, un jour - cela devait bien faire deux ou trois semaines que j'avais décider de défier l'interdit paternel et que je jouissais de découvrir à chaque pas quelque chose de nouveau - je m'effondrai soudain, foudroyé par l'information que venait de me transmettre mon nez.

Prépulle était dans les passages secrets.

J'ai eu la même réaction il y a quelques instants, ici au casino. J'ai senti cette odeur reconnaissable entre mille, cette atroce exhalaison immonde. Prépulle serait-il ici? Je suis resté à genou sur la moquette un bon quart d'heure, paralysé d'angoisse. C'est impossible, mon esprit est tout à fait détraqué. Comment pourrait-il être ici? Non, ce n'est que l'intensité de cette expérience dans les souterrains qui m'a terrassé, même après tant d'années. Un bon signe. Ma mémoire semble vouloir demeurer active. Voilà: l'odeur n'était après tout qu'un souvenir. Elle n'est pas ici. Étrangement, en fait, il n'y a aucune odeur dans le casino, je le remarque à l'instant, à part la nappe de vomissure devant moi, qui est la mienne.

dimanche 10 juin 2018

Passages

Mon temps à Gobières était réglé par deux grandes occupations. La première consistait à m'exercer à la cartographie en compagnie de mon père, ce qui m'apparaissait toujours comme de précieux et rares moments à chérir, Omblé passant beaucoup plus de temps à recevoir ambassadeurs, marchands, armateurs et ministres, et à se rendre à de nombreuses réceptions où l'on s'arrachait ses cartes, qu'à dessiner les cartes elles-mêmes. J'eus beau fouiller les méandres de mes souvenirs renaissants, je n'y décelai nulle trace de ma mère. Avait-elle été emportée par la peste qui avait sévi à Gobières lors de ma première année, ou était-elle morte en couches? J'interrogeais mon esprit détraqué, mais la réponse à cette question m'éludait encore. Je savais seulement que je ne l'avais jamais connue, et je le regrettais amèrement.

Puis il y avait les longues et pénibles séances que je subissais de mon précepteur Prépulle, un petit homme rond au visage rubicond qui empestait le parfum de première qualité. Il appliquait chaque jour une épaisse couche de fard sur son visage, couche qui, en séchant, formait des escarres colorées qui s'effritaient et venaient se déposer sur mes manuels ou sur mon outillage. J'y imaginais les écailles d'un dragon ou les déjections d'un léviathan, et Prépulle devait ramener à l'ordre mon esprit vagabond. L'effort qu'il devait fournir à ces occasions l'épuisait et de grosses gouttes de sueur perlaient à son front avant venir liquiéfier les gales de maquillage. Je le regardais s'esquinter avec une sorte de fascination morbide. J'eusse pu colorier des murailles gigantesques avec la quantité incroyable de matière qu'il répandait sur la table de travail.

Les séances visaient à m'enseigner toutes matières propres au métier de cartographe et, plus largement, à un travail intellectuel de premier ordre:  manier le compas, calibrer l'abaque, le bon emploi de toute une gamme d'outils, mais je me rendis compte assez rapidemenmt que j'y apprenais surtout à mépriser Prépulle. Son embonpoint lui rendait sans cesse le souffle court et siffilant et l'odeur rance et écoeurante de sa sueur n'était surpassée que par les parfums dispendieux sur lesquels il gaspillait tout son salaire, sans qu'ils parvinssent à dissimuler entièrement sa puanteur. Que savait vraiment cet homme obèse et malodorant du vaste monde? S'il n'eût point demeuré chez nous, les chiens errants de Gobière l'eussent sans doute traqué et mangé.

Du reste, j'avais beaucoup de temps libre et je l'employais à explorer les moindres recoins de notre maison. La villa, construite sur une falaise, comportait plusieurs étages souterrains, creusés à même le roc. Personne n'en connaissait l'existence, et je soupçonnais qu'une demeure ancienne avait jadis occupé le promontoire. Mon esprit s'élançait sans répit dans l'élaboration de fantaisies et je pouvais passer plusieurs heures, le dos sur un mur humide, au milieu d'effluves de salpêtre et de moississures, à m'imaginer l'emploi qu'on avait fait jadis de ces corridors désormais à l'abandon.

J'étais tout de même le fils de mon père, et je construisis secrètement une représentation très précise de l'enchevêtrement des corridors abandonnés. Un jour, je voulus présenter mon travail minutieux à mon père, et sa rebuffade marqua le début d'une séparation qui n'alla qu'en s'accuentuant. «Où as-tu trouvé ce plan?» me demanda-t-il d'un ton accusateur, comme si je lui avais dérobé quelque chose dont il ne connaissait même pas l'existence l'instant d'avant. Je voulus lui expliquer ma démarche, mais il ne m'en laissa pas l'occasion. Dès que je lui eu avoué avoir dessiné à partir de mon exploration personnelle, il s'empara de ma carte, la déchira, et la jeta par la fenêtre.

Rouge de colère, incapable de croire que j'eusse osé le défier de la sorte, il m'expliqua d'un ton puéril qu'un cartographe se basait sur ses précédesseurs, et que nul ne saurait amorcer une carte sans s'appuyer sur les auteurs passés. Il me montra les plans de la construction de notre villa, dessinés par un architecte le siècle dernier, puis ceux des rénovations qu'il avait lui-même entreprises à mesure que sa renommée et sa fortune avaient cru. Bref, les corridors secrets que je passais mes temps libres à parcourir étaient un pur produit de mon imagination et le sujet était clos; qu'il ne me reprenne pas à délirer de la sorte. Le sommeil m'échappa cette nuit-là; je n'arrivais pas à accepter sa réponse à ma question, présomptueuse d'après lui, quant à savoir, si son raisonnement était exact, comment la première carte avait bien pu être dessinée? «Voyons donc, Saltrumon, c'est l'évidence même: les anciens avaient une connaissance parfaite du monde, et leur savoir s'est effrité à cause la négligeance de leurs descendants. Nous cherchons seulement à retrouver ce savoir originel, ces idées idéales, égarées par l'étourderie de ces hommes décadents».

Cette vieille habitude d'explorer, bien ancrée en moi depuis cet épisode de ma tendre enfance, me portait à errer dans le casino et à construire une représentation mentale des lieux. Il me fallut un certain temps avant de me rendre compte que je ne retrouvais plus la sortie qui menait à la plage. Avais-je rêvé l'île tropicale? Et le naufrage? Ma mémoire me jouait-elle encore des tours? J'eus beau aller et venir en tout sens, je dus me rendre à l'évidence au bout de quelques jours: il n'y avait pas d'issue au casino, ou bien s'il y en avait, elles étaient si bien dissimulées que je ne parvenais pas à les retrouver. Durant quelques brefs instant je me sentis désemparé, mais je haussai finalement les épaules; cela n'avait guère d'importance pour le moment. Je devais avant tout recouvrer la mémoire. Je pourrais m'inquiéter de ce genre de bagatelles par la suite.

samedi 26 mai 2018

Plongée dans le passé

La monotonie du casino - l'éternelle pénombre à l'intérieur, les petits bruits tout autant que les bruyantes exclamations des gagnants, les sonorités violentes des bagarres et des coups de pistolet, la sensation moelleuse des tapis sur mes pieds nus, les festins somptueux, la luxure effrénée dans les chambres à l'étage - ces éléments m'offraient une sorte de familiarité accablante, mais qui ne rimait à rien. Je m'assoupissais souvent aux tables de jeu, surtout dans les moments tranquilles, où je n'entendais qu'une ou deux balles siffler près de mon visage. Au moins, je pouvais jouer tout en laissant errer mon esprit. J'espérais avec ferveur que la mémoire me reviendrait, au hasard d'un détour inattendu de mes pensées.

Plusieurs semaines s'écoulèrent avant que les premiers souvenirs n'émergeassent d'eux-mêmes de mes tréfonds inaccessibles. J'avais gagné une coquette somme déjà, et je fus soulagé de constater que ma stratégie portait ses fruits. La sensation de mes réminiscences n'était pas sans rappeler une démangeaison. Je m'efforçai de gratter tout autant que je le pus, et peu à peu le vernis qui m'interdisait à moi-même se détacha par à-coups, et il me fut loisible de lancer un regard curieux et inquiet vers mon passé perdu.

Je vis tout d'abord une grande pièce, bien aérée, aux murs lambrissés de motifs et de bas-reliefs d'une facture exceptionnelle. Des étagères en bois noir croulaient sous des masses de livres, de parchemins et de feuilles.  Le plancher de bois franc réfléchissait la lumière de cette belle après-midi, rendant la pièce chaleureuse. Au centre de la pièce, sur une moquette saphisienne qui devait bien valoir la rançon d'un roi, une table massive en chêne rouge captait l'attention, et un homme était penché dessus. Il tourna la tête et je tressaillis: c'était le visage barbu d'Omblé de Gobières. Mon père!

Il fronça ses épais sourcils et je vis la colère danser dans ses prunelles. «Saltrumon! Est-ce que tu m'écoutes? Cesse de laisser ton esprit vagabonder au loin!» À regret, je délaissai le magnifique panorama qui s'offrait à ma vue et qui faisait virevolter mon imagination. Notre maison était bâtie sur une falaise qui surplombait la mer et la ville de Gobières. De nombreux panaches de fumée montaient des artères commerciales, alors que les restaurants préparaient leurs fours pour le repas du soir. Parfois, un coup de vent nous apportait l'arôme entêtant d'un poisson en train de frire.

À contrecoeur, je m'approchai de la table. Les superbes cartes d'Omblé de Gobières jouissaient d'une renommée qui dépassait largement les frontières de la ville; des gens venaient de partout pour acquérir à prix d'or ces superbes documents ornés d'illustrations vives. La riche bibliothèque comprenait tous les grands auteurs antiques, dont certaines volumes très rares. Grâce à ces sources dignes de confiance, mon père pouvait tracer les cartes les plus belles et les plus précises qui fussent. Celle sur laquelle il travaillait n'en était qu'aux balbutiements, mais déjà les monstres nautiques et les contrées fabuleuses étaient esquissés au crayon de plomb.

Bien que j'appréciât la beauté des croquis de mon père, j'étais sans cesse attiré par ces pays lointains et ces animaux fantastiques. J'eusse préféré m'y rendre en personne. Je regardais souvent les goélands qui tournoyaient au-dessus du port, à la recherche de nourriture. Que j'eusse aimé être un oiseau, pour voler de par le monde, franchissant tous les obstacles avec l'aisance élégante des volatiles!

Recherches

Je n'avais évidemment pas la moindre idée de ce que je venais d'énoncer, de l'énormité inconcevable de ce propos tenu par le pa...