jeudi 30 janvier 2020

13. La fibre du destin

Nous ouvrîmes donc nos premières conserves avant de quitter l'antre de Flatuile et nous attendîmes que nos sucs digestifs accomplissent leur funeste besogne. Mes capacités cognitives me revinrent peu à peu alors que je mastiquais, et je commençai à comprendre, à mesure que se retiraient les nappes de brouillard qui m'encerclaient l'esprit, en quoi consistait vraisemblablement la stratégie élaborée par Flatulie pour s'échapper de Bobignon.

J'en perdis quelque peu l'appétit, mais nos acrobaties érotiques m'avaient en fait laissé sur une faim dévorante, une faim de répéter ces contorsions, une faim au ventre, une faim de vie. C'était comme si j'avais crevé un abcès nommé Prépulle, une espèce de masse parfumée étouffante qui avait englué mon esprit, car c'était bel et bien mon précepteur qui avait déterminé le déroulement de ma première rencontre galante, et les charmes de Flatulie avaient chassé ce vent marécageux et j'avais pour la première fois respiré l'air du large dans ce misérable taudis bobignonnais.

J'avais opté tout d'abord pour les gourganes vulgariennes, de manière à garder les haricots rouges de la réserve spéciale du prévôt royal de Sabotie pour dessert. Flatulie ne se gêna pas pour m'en faire le reproche, arguant qu'il valait mieux profiter de chaque instant et manger nos meilleures fèves sur-le-champ. Je voulus protester, car toutes les fibres de mon être cartographe s'insurgeaient, puisque je préférais soigneusement planifier et exécuter un plan destiné à recenser un territoire de la meilleure manière qui soit, mais Flatulie ne m'en laissa guère la possibilité; sa main se fraya adroitement un chemin dans mes braies, tandis qu'elle plaquait sa bouche sur la mienne pour y déverser une sublime purée soigneusement mastiquée de choucroute macérovienne vieillie en cuve de fonte impériale. J'explosai presque instantanément dans sa paume, et il me fallut admettre, à contrecoeur, qu'elle avait bien raison. Je rangeai donc les gourganes et j'ouvris une seconde boîte de haricots sabotiens en chignant mentalement (je savais de façon instinctive qu'il eût été hasardeux de manifester mon mécontentement de vive voix), pressentant que je m'enfonçais dans quelque chose de plus visqueux et collant que Bobignon elle-même, mais j'étais par trop inexpérimenté dans les affaires du coeur pour réaliser pleinement que j'avais malgré moi signé un pacte qui me causerait bien des soucis au cours des jours à venir.

C'est alors que les premières crampes m'assaillirent.

*Bonus*

Ces souvenirs m’ont grandement ébranlé, j’ai perdu toute envie de jouer à la roulette. J’ai mis la moitié de mes jetons sur ‘impair’ et l’au...